Salut les traileurs,
Samedi, j’ai pris le départ de ma première backyard, à Cabriès.
J’étais inscrit sur le format limité à 12 boucles. J’en ai bouclé 10.
Et malgré ça, je suis rentré avec un sourire immense. Parce qu’avec le pote avec qui je courais, on n’avait jamais couru aussi longtemps de notre vie.
Il y a deux semaines, je t’expliquais comment fonctionne une backyard en théorie. Aujourd’hui, je te raconte ce que ça fait vraiment.
📊 Les chiffres de ma journée
10 boucles bouclées, sur les 12 prévues
68,2 km et 1 377 m de D+
10 heures entre le premier coup de cloche et l’arrêt
7h44 de course effective
44e au classement
Ce qui donne une moyenne très parlante : 46 minutes de course par boucle, et 14 minutes de repos avant de repartir.
Quatorze minutes. C’est tout ce que tu as pour manger, boire, te changer, t’asseoir et te remettre debout.
🏃 Comment ça s’est passé, boucle par boucle
Boucles 1 à 5 : trop vite, évidemment
On est partis un peu trop vite. Pas par ego, mais parce qu’on courait aux sensations sur un parcours avec de belles montées raides, et qu’en début de journée tout paraît facile.
C’est l’erreur classique du format. Et elle coûte double : tu t’épuises, et tu ne gagnes presque rien en temps de repos.
Boucles 6 et 7 : la nuit me relance
Et là, surprise. À partir de la sixième, avec la nuit qui tombe, je me suis senti nettement mieux.
Je crois que je suis un vrai diesel. Plus la course avance, plus je trouve mon rythme. Mon cardio se calme au lieu de grimper, alors que c’est l’inverse pour la plupart des coureurs sur ce genre d’effort.
C’est le genre de truc que tu ne peux pas découvrir sur une sortie de deux/trois heures.
Boucles 8 et 9 : le froid change tout
À partir de la huitième, il a vraiment fait froid.
Et ça a tout décalé : on mettait plus de temps à repartir, plus de temps à se réchauffer. Les minutes de pause, qui servaient à récupérer, servaient maintenant à lutter contre le refroidissement.
Mauvaise nouvelle en prime : la portion au départ du parcours était un long plat tout droit. Pas le moment le plus fun de la journée.
Sur la neuvième, pourtant, rien à signaler. On avait encore du rythme.
Boucle 10 : la bascule
Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais d’un coup, tout est devenu douloureux.
Mal aux talons à chaque impact
Mal sous les côtes, comme si mon ventre travaillait à force de rebondir
Les jambes complètement raides
Boucle 11 : cent mètres
On est quand même repartis. Au bout de même pas cent mètres, la douleur était revenue, identique.
On a regardé la boucle devant nous, en sachant qu’il faudrait la faire encore deux fois. Et on s’est arrêtés.
Deux fois par semaine, du trail expliqué simplement et sans filtre. Gratuit, sans jargon de coach.
💡 Ce que j’ai appris du format
1. Le vrai adversaire, c’est le redémarrage
J’avais écrit ça dans mon article théorique. Le vivre, c’est autre chose.
Courir 6,8 km, ça va. Se relever de sa chaise pour les refaire, à heure fixe, pour la dixième fois : c’est là que la course se joue. J’ai noté un truc à chaud sur mon Strava qui résume bien ma journée : “Tellement dur de repartir à chaque fois.”
2. Le froid mange ton temps de repos
Personne ne t’en parle. Quand la nuit tombe, tes pauses ne servent plus à récupérer, elles servent à te réchauffer.
La prochaine fois, j’aurai une doudoune et des vêtements secs prêts à enfiler dès la tombée du jour. Pas rangés dans un sac, posés sur la chaise. Et surtout, à enlever vraiment juste avant de partir.
3. La répétition finit par taper au même endroit
En trail classique, le terrain change en permanence, et tes appuis varient. En backyard, tu répètes exactement le même geste sur exactement le même terrain, toutes les heures.
Mes talons ont lâché d’un coup à la dixième boucle. Je ne crois pas au hasard : c’est l’accumulation de milliers d’impacts identiques.
4. Tes chaussures comptent plus que d’habitude
Les miennes commencent à avoir beaucoup de kilomètres. Sur 68 km de martèlement régulier, l’amorti qui manque finit par se payer. C’est probablement un facteur dans mes douleurs aux talons.
Si tu tentes le format, prends ta paire la plus fraîche, pas ta plus confortable. Je parle de ma rotation ici.
5. Manger et boire tout le temps, sans attendre d’avoir faim
Ça, je l’ai bien géré. À chaque passage à la base de vie, j’ai mangé et bu quelque chose, méthodiquement, sans jamais attendre le signal de la faim.
Concrètement, sur les dix heures :
Une flasque d’isotonique à presque chaque boucle, plus de l’eau à côté
Le ravito à chaque passage : jambon de poulet, fromage, charcuterie, pâté
Une boîte de nouilles instantanées (70 g), avalée en deux fois
Pas mal de bonbons (les Schtroumpfs, c’est la vie)
Des noix de cajou
Et des churros au Nutella
Résultat : zéro problème digestif, et aucun coup de moins bien lié à l’énergie sur toute la journée.
Deux choses à retenir si tu testes le format. D’abord, le salé prend le dessus au bout de quelques heures : les gels et le sucré seuls deviennent vite écœurants. Ensuite, l’intérêt énorme de la backyard, c’est que tu repasses à ta base toutes les heures : tu peux manger de la vraie nourriture, assis, au lieu d’avaler un gel en courant.
Le principe reste le même que sur n’importe quelle course, celui dont je parlais dans gels, barres ou compotes : tu manges pour l’heure suivante, pas pour maintenant.
🌙 La nuit d’après, en toute honnêteté
Il faut aussi parler de l’après, parce que personne ne le fait.
Le lendemain matin, mes talons allaient bien. Mes jambes étaient dures, mais rien d’anormal après un effort pareil.
Par contre, j’ai passé une nuit horrible. Impossible de trouver le sommeil, des douleurs dans les jambes et le bassin au moindre mouvement, et j’ai transpiré comme jamais.
Je n’avais jamais ressenti ça après une course. C’est assez fréquent après un premier effort très long, le corps est en plein travail de réparation. Mais je ne suis pas médecin : si ça devait durer plusieurs jours ou s’accompagner de fièvre, j’irais consulter plutôt que de jouer au dur.
🤝 Et le fait de courir à deux
On a fait les dix boucles ensemble, du début à la fin.
C’est ce qui a rendu la journée belle. On s’est tirés mutuellement, on a parlé pendant des heures, et les pauses étaient moins longues à deux.
Le revers : on s’est aussi arrêtés ensemble. Est-ce que j’aurais tenté la onzième tout seul ? Honnêtement, je ne crois pas. La douleur était réelle, et il restait deux boucles.
Au fond
Je n’ai pas fait les 12 boucles. Et contrairement à Nice, où j’avais abandonné en pleine détresse, je n’ai aucun regret.
68 km, 1 377 m de D+, dix heures debout, une distance que je n’avais jamais approchée, et une 44e place. Avec un pote, de bout en bout.
La backyard, c’est le format le plus honnête que je connaisse : tu ne peux pas tricher avec la fatigue, et tu apprends plus sur toi en dix heures que sur une saison entière. Je recommencerai.
En résumé
✔️ 10 boucles, 68,2 km et 1 377 m de D+ en 10 heures, soit 46 min de course et 14 min de repos par heure
✔️ Partir trop vite sur les premières boucles coûte double : fatigue en plus, repos en moins
✔️ Le froid de la nuit transforme tes pauses de récupération en lutte pour te réchauffer
✔️ La répétition du même geste sur le même terrain finit par taper au même endroit : prends tes chaussures les plus fraîches
✔️ Mange du vrai salé à chaque passage : la backyard te ramène à ta base toutes les heures, profites-en
Petite question pour toi :
Tu te verrais tenter une backyard ? Et si tu en as déjà fait une, tu t’es arrêté à quelle boucle, et pourquoi ?
À très vite,
Matti Lontra


