Salut les traileurs,
Le trail se raconte comme un sport propre.
Pas de stade, pas de béton, pas de moteur. Juste toi, une paire de chaussures et un sentier.
C’est joli. Mais est-ce vrai ?
En juin dernier, l’UTMB a publié son tout premier rapport d’impact. J’ai creusé les chiffres, et honnêtement, j’ai été surpris. Pas du tout là où je m’y attendais.
🥾 Ce que nos pieds font vraiment au sentier
Commençons par l’impact le plus visible : l’érosion.
Chaque foulée compacte le sol. Cette compaction réduit sa capacité à absorber la pluie, ce qui augmente le ruissellement et accélère l’érosion. Un cercle vicieux s’installe : moins de végétation, plus d’érosion, et ainsi de suite.
Des mesures concrètes sur les courses
Des études menées avant et après une course ont mesuré des changements nets. Un sentier est passé de 40,7 cm à 50 cm de large, les coureurs s’écartant pour se doubler. Sur un autre événement, la profondeur du sentier a augmenté de 2,8 cm à 4,6 cm.
La course est plus impactante que la randonnée, à cause de la vitesse et de la force transmise au sol à chaque appui, surtout dans les portions raides.
Une nuance importante, quand même
Le plus gros de la dégradation arrive au tout début. Les premiers passages sur une zone vierge causent énormément de dégâts, puis l’impact des passages suivants diminue progressivement.
Traduction concrète : rester sur les sentiers existants change vraiment tout. Créer un raccourci fait bien plus de mal que passer mille fois sur un chemin déjà tracé.
🚶 Avant de taper sur le trail : qui passe vraiment sur ces sentiers ?
Là, il faut remettre les choses en perspective.
L’UTMB, c’est environ 10 000 coureurs sur une semaine.
Le Tour du Mont-Blanc, sur le même massif, c’est environ 80 000 randonneurs par an.
Et ça explose
Sur un point de comptage stratégique du parcours, on comptait 36 000 passages en 2019. En 2023, sur le même sentier, plus de 60 000 passages sur les quatre mois d’été.
En haute saison, la fréquentation dépasse les 1 000 randonneurs par jour, avec parfois jusqu’à 1 500 personnes sur certaines étapes.
Le problème du bivouac
Les enquêtes montrent que 56 % des marcheurs font au moins une nuit en bivouac. Le 4 août dernier, l’aire officielle de bivouac des Chapieux accueillait 200 tentes, avec 125 tentes supplémentaires installées entre le refuge des Mottets et le col de la Seigne.
La situation est telle que la Fédération Française de la Randonnée a pris position sur le sujet et qu’une régulation est envisagée dès le printemps 2027, avec obligation de réserver sa nuit en refuge ou en zone de bivouac autorisée.
Et je ne compte même pas la saison hivernale, où le ski amène son propre flot de visiteurs sur ces mêmes vallées, avec remontées mécaniques, neige de culture et infrastructures qui vont avec.
Donc oui, le trail a un impact. Mais il n’est clairement pas le seul, ni même le principal, sur ces massifs.
✈️ La vraie bombe : ce n’est pas tes pieds, c’est ton trajet
Et là, surprise.
Selon le rapport publié en juin, 88 % du bilan carbone de l’UTMB vient des déplacements, dont 85 % rien que pour les trajets domicile-Chamonix.
Mais le chiffre qui m’a le plus marqué, c’est celui-ci : un quart des participants, venus en vol long-courrier depuis quatre autres continents, produisent à eux seuls près de 75 % du bilan carbone de l’événement.
Lis-le deux fois. Un quart des coureurs = trois quarts des émissions.
Autrement dit, le problème du trail n’est pas que des gens courent. C’est qu’une minorité traverse la planète pour le faire.
Et le matériel, dans tout ça ?
Une paire de running représente en moyenne 7 à 14 kg de CO2. Les textiles, entre 4 et 10 kg par pièce. D’après une étude Decathlon, l’équipement pèse environ 13 % de l’impact annuel d’un coureur.
Pas négligeable. Mais sans aucune commune mesure avec un aller-retour en avion.
🦌 La faune, l’impact dont on ne parle jamais
C’est l’angle mort du sujet.
Les sentiers autrefois tranquilles sont désormais très fréquentés, et la faune est perturbée par le passage répété des coureurs comme des marcheurs.
Le problème spécifique des sorties de nuit
Les frontales dérangent la faune, qui n’a alors plus aucun moment de tranquillité.
Franchement, je n’y avais jamais pensé. La nuit, c’est le moment où beaucoup d’animaux sortent, chassent, se déplacent. Une frontale qui balaie un sous-bois à 22h, c’est une intrusion dans le seul créneau où ils étaient peinards.
Si tu cours parfois de nuit, j’avais fait un article dédié au trail nocturne pour débutants. Ça ne veut pas dire arrêter, juste éviter de toujours taper les mêmes zones sauvages.
🔧 Ce que fait l’UTMB (et pourquoi ça coince)
Depuis cette année, l’organisation a mis en place deux mesures concrètes.
Une contribution carbone obligatoire
Chaque coureur paie un supplément calculé sur son adresse et son mode de transport déclaré. Quelques euros pour les plus proches, plus d’une centaine pour ceux qui viennent de loin. Le prix de base est fixé à 25 € la tonne de CO2.
Un bonus au tirage au sort
Les coureurs qui s’engagent sur un transport bas carbone obtiennent un bonus de 30 % à la loterie.
Le problème : ça ne suffira probablement pas
L’UTMB vise 20 % de réduction d’ici 2030. Mais selon Protect Our Winters, les mesures envisagées n’atteindraient à ce stade que 16 % de baisse.
Et surtout, l’organisation refuse de limiter le nombre de coureurs transcontinentaux. C’est-à-dire, très exactement, les 25 % qui font 75 % du problème.
Outside a publié une analyse détaillée de ce décalage si tu veux creuser .
🤔 Faut-il arrêter de courir pour autant ?
Non. Clairement pas.
Et je ne vais certainement pas te faire la leçon, moi qui vais prendre la voiture pour aller courir à Nice la semaine prochaine.
Mais il y a une différence entre culpabiliser et être lucide.
Ce qui a vraiment de l’impact, par ordre d’importance
éviter les courses lointaines en avion (c’est l’écrasante majorité du sujet)
privilégier le train ou le covoiturage quand c’est possible
rester sur les sentiers existants, ne jamais couper
garder ses déchets, y compris les petits bouts d’emballage de gel
éviter de multiplier les sorties de nuit dans les mêmes zones sauvages
Ce qui compte moins qu’on ne le croit
Espacer le renouvellement de tes chaussures.
Oui, chaque paire a un coût carbone (7 à 14 kg de CO2). Donc en garder une plus longtemps, c’est bien.
Mais si tu gardes tes chaussures six mois de plus et que tu prends un vol pour une course à l’autre bout du monde, le calcul est vite fait. Le second annule complètement le premier.
Si le sujet t’intéresse, j’en parle dans ma rotation de chaussures trail.
Au fond
Le trail n’est pas le sport propre qu’il prétend être. Nos pieds abîment les sentiers, nos frontales dérangent la faune, et nos trajets pèsent très lourd.
Mais il ne faut pas non plus s’auto-flageller en oubliant le contexte. Sur un massif comme le Mont-Blanc, les traileurs sont largement minoritaires face aux randonneurs et aux touristes.
La bonne nouvelle, c’est que l’essentiel du problème se joue sur un seul levier : comment tu te rends à tes courses. Le reste, c’est du bon sens de terrain.
En résumé
✔️ L’érosion est réelle, mais rester sur les sentiers existants limite énormément les dégâts
✔️ Le trail n’est pas seul en cause : 10 000 coureurs à l’UTMB face à 80 000 randonneurs par an sur le Tour du Mont-Blanc
✔️ 88 % du bilan carbone de l’UTMB vient des déplacements, et un quart des coureurs en génèrent 75 %
✔️ Le levier le plus efficace : limiter les déplacements lointains, bien avant le renouvellement de ton matériel
Petite question pour toi :
T’avais déjà réfléchi à ça ? Et toi, tu fais comment pour aller à tes courses ?
À très vite,
Matti Lontra


